Cannabis: l’Espagne invente le coffee-shop solidaire

 

Cannabis: l’Espagne invente le coffee-shop solidaire
16/02/2012 | 12H37
Par Elodie Cuzin
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Alors que les Pays-Bas se demandent s?ils vont interdire l?accs des coffee-shops aux touristes, l?Espagne ouvre des dizaines de clubs sociaux de cannabis. Un vrai rve de militant.

Un vendredi soir Madrid, l’heure de l’apro ou du dernier caf de fin d’aprs-midi. Au comptoir du Private Cannabis Club, on peut choisir. Coinc entre une station-service et les premiers champs qui marquent les limites de la capitale, l’endroit respire le restaurant routier espagnol traditionnel : carrelage au sol, meubles en bois marron clair et jambon ibrique suspendu. Cependant, autour des trois serveurs, du client solitaire qui finit son petit noir et du jeune couple qui vient d’entrer en riant flotte une odeur de cannabis.

"Ici, la qualit de l’herbe est garantie. Tu n’as pas besoin d’aller dans des quartiers glauques et de traner avec des gens louches pour t’approvisionner", explique Richard de Prado, 43 ans, coordinateur de ce club qui vient de fter sa premire anne d’existence.

La passion cannabis

Un seul petit coup de sonnette suffit ouvrir aux trois cent soixante-treize membres les portes des neuf cents mtres carrs ddis au cannabis. Chacun paie dix euros pour s’inscrire puis cent vingts euros par an. En change, les clients peuvent acheter du cannabis de qualit entre six et sept euros le gramme. "Je suis tomb sur un article qui parlait du club il y a un an et le ciel s’est illumin !", se souvient Javi, 52 ans, qui ses joues creuses donnent plusieurs annes de moins. Pendant que sa petite chienne, Lola, fouine entre les vaporisateurs de cannabis, il discute avec deux autres membres confortablement installs dans le petit salon attenant la salle principale.

Plus loin, quatre jeunes jouent au billard. Parmi eux, Clment, 23 ans, a rejoint le club au printemps sur les conseils d’un ami. "Ce n’est pas seulement un endroit o tu peux fumer, assure ce graphiste franais. Tu peux aussi y rencontrer d’autres amateurs de cannabis et t’informer l’occasion d’ateliers ou de dgustations… C’est comme le vin : ce n’est pas seulement de l’alcool, il y a toute une culture sociale derrire."

Le fait de pouvoir fumer des produits de qualit sans se cacher semble attirer les Franais. A Cadix, en Andalousie, Jean-Michel Rodriguez, professeur de collge en France et membre d’Encod, la "Coalition europenne pour des politiques justes et efficaces en matire de drogues", a mont cette anne son club dans un petit village. Les sept membres paient trente euros de cotisation annuelle et cinquante centimes par gramme d’herbe provenant de leur rcolte, explique-t-il en savourant "l’esprit de libert et d’autogestion" qui marque le projet. Mais son moment de "plaisir extraordinaire", Jean-Michel Rodriguez l’a vcu en allant dclarer l’association la police.

"a les a surpris et le sergent a un peu tiqu au dbut, tmoigne-t-il. Mais je me suis prsent avec tous mes dossiers et je l’ai assur que je l’informerai sur nos activits : une fois que l’on sort de la clandestinit, dans les limites de la tolrance espagnole bien sr, on a la cl."

Dans un mme souci de transparence, le numro d’identification officielle de l’association Pannagh de Bilbao, l’une des pionnires, apparat clairement sur les sacs de ttes de cannabis sches fournies par des agriculteurs de la rgion, tous membres. Au sige de Pannagh, dans une atmosphre charge de l’odeur des plantes, des volontaires rpartissent les ttes dans des petits sachets qui portent eux aussi le nom de l’association. A l’oeuvre, des jeunes fumeurs, des militants aguerris, mais aussi des femmes et des hommes que la maladie a pousss vers le cannabis.

Une petite moiti des trois cent vingt-trois membres de Pannagh sont en effet des consommateurs de cannabis dits "thrapeutiques". Ils viennent ici soulager leurs douleurs, parfois sur les conseils discrets de mdecins qui n’ont pas le droit de leur indiquer officiellement pareil traitement et moins encore de leur dire o s’approvisionner. Aujourd’hui, la Fdration des associations cannabiques (FAC) estime qu’il existe plus de cinquante clubs sociaux de cannabis en Espagne et qu’environ cent cinquante sont en cours de cration. La plupart accueillent des membres malades en plus des consommateurs "ludiques".

L’Espagne va-t-elle devenir un rve pour le fumeur paisible et les usagers thrapeutiques de cannabis ? Pas si vite. Pendant la visite des Inrocks, Richard de Prado coute nerveusement les tmoignages des membres :

"Il faut tre trs prcis dans ce que l’on dit, on risque la prison", prvient-il.

"Bien sr qu’il existe un degr d’inscurit juridique", reconnat Juan Muoz, professeur de droit pnal l’universit de Mlaga. Avec la juriste Susana Soto, il a crit un rapport aussi prcieux qu’un texte sacr pour les fondateurs de clubs de cannabis puisqu’il a permis leur closion aprs sa publication en 2001.

"Ils tentent de nous prsenter comme des trafiquants"

Sur requte du gouvernement rgional d’Andalousie, les deux experts avaient alors pluch toute la jurisprudence dicte en Espagne depuis 1992, date de l’introduction d’une loi qui classait pour la premire fois la consommation de drogue dans les lieux publics comme une infraction grave contre la scurit citoyenne. Leurs recherches les ont mens la conclusion que "la cration d’un tablissement o l’on pourrait acheter et consommer du cannabis tait possible mais condition de respecter des critres trs prcis", explique Juan Muoz.

Depuis, ceux-ci sont repris comme un mantra par tous les clubs : ne pas tirer de bnfices conomiques de cette activit ; se dclarer en tant qu’association but non lucratif et organiser ses propres cultures en circuit ferm ; ne distribuer le cannabis qu’ des usagers majeurs dj consommateurs de cannabis ou atteints d’une maladie (le Private Cannabis Club utilise la liste reconnue par l’Association internationale pour le cannabis mdical). "Mais il s’agit d’une interprtation et un juge peut toujours estimer que cela constitue un dlit", complte Juan Muoz.

Preuve en est l’arrestation en novembre de Martin Barriuso, prsident de la FAC et de Pannagh, l’une des figures les plus clbres des clubs sociaux de cannabis. A la tlvision, devant les journalistes, face aux responsables politiques, il n’a jamais cach l’existence de son association, interpellant au contraire les autorits sur le problme des vols de rcoltes par des trafiquants, de plus en plus violents, ou alertant sur l’apparition d’associations moins scrupuleuses qui s’approvisionnent sur le march noir. Aprs quatre-vingts heures passes au commissariat avant d’tre libr sous caution, il enrage : "Tout a est incroyable ! Nous menons une activit publique et payons des impts mais ils tentent de nous prsenter comme des trafiquants", lance-t-il.

Dj, en 2005, la mme police municipale l’avait arrt. Mais le tribunal avait class le dossier et le juge avait mme ordonn que l’on rende Pannagh les kilos de cannabis saisis. "Nous allons profiter de cette nouvelle arrestation pour continuer la lutte", assure Martin Barriuso, qui milite depuis des annes pour la lgalisation du cannabis. Sauf que dans une Espagne enfonce dans la crise, l’attention des responsables politiques et de la socit se centre sur l’conomie. Et la majorit absolue obtenue par la droite (Parti populaire) en novembre dernier ne devrait pas contribuer l’assouplissement des normes.

Le gouvernement rgional basque, dirig par les socialistes, a, lui, donn un dbut de victoire Martin Barriuso et son association en annonant qu’il prsentera en 2012 un projet de loi visant rguler "la culture, la vente et la consommation" de cannabis. "Il vaut mieux organiser qu’interdire", s’est justifi un responsable du gouvernement basque.

En attendant, l’heure o les Pays-Bas se demandent s’ils vont interdire l’accs des coffee-shops aux touristes trangers, le modle espagnol des cannabis social clubs essaime dj en Europe. La lgislation europenne les aide : en 2004, une dcision-cadre de l’UE reconnaissait que la culture du cannabis, "lorsque les auteurs s’y livrent exclusivement des fins de consommation personnelle telle que dfinie par la lgislation nationale", n’entrait pas dans le cadre des infractions lies au trafic de drogue.

"On le voit en Belgique, en Allemagne, aux Pays-Bas : ce systme se dveloppe, conclut Jean-Michel Rodriguez. On ralise peu peu que les personnes les mieux places pour grer tout a sont les consommateurs eux-mmes."

Elodie Cuzin

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